16 septembre 2008

Réminiscences de putrescence

La pluie fine, incessante et glacée ruisselle sur les ardoises brisées du toit de la gare désaffectée. Le bâtiment, isolé dans ce qui est devenu un bidonville, tombe en ruines, abandonné depuis des décennies. Le ciel gris, morne, uniforme, isole chaque pierre des murs effondrés comme autant de monstres méconnaissables, aux grimaces figées par le froid et la mort. Le soleil n’a plus percé depuis de trop longues années, et toute vie semble s’être retirée des lieux.

Le clapotis des gouttes s’écrasant sur le béton fissuré se mêle au son presque métallique des vagues s’écrasant sur les rochers, quelques cent mètres plus loin. Le vent du large, portant une vague odeur de poisson faisandé, glace les os, et annonce un automne froid, humide, et interminable…

L’eau qui s’infiltre dans les moindres recoins a transformé le sol en une mare géante, de boue, de déchets divers, d’objets méconnaissables, qui gisent là comme des harpies dont les ailes seraient en lambeaux… Les rafales de vent soulèvent par vagues des remugles nauséabonds, de fermentation et de pourriture, qui semblent attaquer jusqu’au salpêtre des murs. Le cloaque, noir comme le pétrole, s’étale en une nappe visqueuse de crasse absolue…

Dans un coin sombre, caché derrière un semblant de pilier qui tente vainement de faire écran au vent, se dressent les montants moisis d’un vieux lit de bois effondré sur lui-même, miné par les termites des temps anciens. Obscène et vulgaire, c’est là qu’elle gît, vautrés au milieu de lambeaux de draps, vestiges rongés par des rats depuis longtemps disparus. Ses cuisses grasses et flasques, couvertes de tâches sombres, imprègnent le tissu moisi d’une crasse pestilentielle… Des fluides visqueux suintent de multiples entailles sur son corps, et emplissent l’air d’une puanteur presque palpable. Ouverte, offerte, dans toute son impudeur, la dépouille de la créature, éventrée du bas-ventre au larynx, se décompose lentement. Une flaque de fange, de boue et d’excréments imbibe la paillasse, et s’écoule lentement le long de la masse visqueuse.

D’une brève secousse, je fais glisser le cadavre nécrosé dans la mare noirâtre, où elle disparait dans un gargouillis sinistre.

Posté par lysamere à 12:12:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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